ABANE, RAMDANE (1920-1957) C’est à Abane que le FLN doit son institutionnalisation, concrétisée au moins formellement lors du congrès de la Soummam (août 1956). Ramdane Abane est né le 10 juin 1920 à Azouza (Fort National) en Kabylie dans une famille de notables. Sa scolarité commence à l’école primaire française de son village puis au collège colonial de Blida, établissement qui a formé plusieurs nationalistes comme Lamine Debaghine, Ali Boumendjel, Benyoucef Ben Khedda… Il est bachelier en 1941. Il est mobilisé en décembre 1942 dans l’armée d’Afrique du Nord. Emprisonné pour avoir déserté son régiment, il est libéré en octobre 1943. Il intègre en 1947 l’administration en qualité de secrétaire adjoint de la commune mixte de Châteaudun-du-Rummel (Chelghoum Laïd). Il adhère au PPA en 1946 et participe à la consolidation du parti dans le Constantinois sans le consentement de son père. Il devient en 1948 permanent du PPA-MTLD après avoir démissionné de son poste dans l’administration. Il est promu à la tête de la daïra de Sétif puis de Bougie et chef de la wilaya de Sétif. Lors de la crise « berbériste » de 1949 qui entraîne l’exclusion de plusieurs militants kabyles qui contestaient la direction, Abane soutient la direction et intègre le comité central du MTLD en décembre 1949. Il est arrêté après la découverte de l’Organisation spéciale (OS) en mai 1950, sans avoir fait partie de cette organisation paramilitaire. Condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’État », il est emprisonné successivement à Bougie, Bône et Barberousse (Alger) avant d’être transféré en France dans les prisons d’Ensisheim (Haut-Rhin), de Fresnes et Albi. Il termine sa peine à Maison-Carrée en décembre 1954. Grâce à une remise de peine, il est libéré le 10 janvier 1955 et assigné à résidence dans son village natal. Même s’il n’a pas vécu la crise du MTLD de 1954, Abane est assimilé aux « centralistes », soit les membres du comité central dont il est proche. En contact avec les chefs du FLN en Kabylie, Belkacem Krim et Amar Ouamrane, il rejoint Alger, en février 1955, où il est chargé d’abord de l’information et de la propagande du FLN. Il devient, à la suite de l’arrestation en mars 1955 de Rabah Bitat, chef de la Zone 4 (Algérois), responsable de l’organisation FLN. Abane fait d’Alger la base politique du FLN et coordonne la lutte à l’échelle nationale en mettant en place une correspondance presque régulière avec les chefs des autres zones de l’intérieur et à l’extérieur du pays. Dans le but de politiser l’insurrection, il mène une course contre la militarisation du FLN et combat le mépris des militaires envers l’élite politique. Il fait appel aux cadres politiques des autres partis du mouvement national et réussit à les rallier au FLN. Il s’entoure de « centralistes » (Ben Khedda, Dahlab) de militants communistes (Amar Ouzegane), de partisans de l’UDMA et des libéraux. Cette volonté de rassemblement autour du FLN des militants étrangers au PPA-MTLD est mal appréciée par les fondateurs du FLN qui l’accusent d’avoir recruté des « arrivistes » et de vouloir dévier l’organisation à son avantage.

Dès avril 1955, il est à l’origine de la distribution de tracts, à portée nationale : il s’adresse aux Algériens et les appelle à venir « en masse renforcer les rangs du FLN ». Avec Larbi Ben M’hidi, il organise les grèves du 19 mai et du 5 juillet 1956. Il encourage la création d’organisations syndicales nationalistes : l’Union générale des étudiants musulmans algériens (Ugema), l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et l’Union générale des commerçants algériens (UGCA). Il dote le FLN d’un journal, Résistance algérienne – qui devient El Moudjahid. Dans la relation du FLN avec la France, Abane pose comme préalable à toute négociation le principe de l’indépendance. Principal organisateur du congrès de la Soummam d’août 1956 avec Ben M’hidi, Krim et Zighoud, Abane défend deux principes fondamentaux : la primauté du politique sur le militaire et de l’intérieur sur l’extérieur. Il devient à l’issue de ce congrès membre du CCE et du CNRA. Il est l’un des instigateurs de la grève des huit jours qui commence le 28 janvier 1957 et s’étend à Alger et aux grands centres urbains. Sévèrement réprimée, cette grève aura deux conséquences : le démantèlement des réseaux FLN, en particulier à Alger et le départ précipité des membres du CCE hors d’Algérie, après l’arrestation de Ben M’hidi en février 1957. À Tunis, Abane s’est retrouvé en minorité lors de la réunion du CNRA d’août 1957. Cette session décide d’élargir le CCE à neuf membres au profit des cinq chefs militaires désormais majoritaires : les colonels Bentobbal, Boussouf, Cherif, Krim et Ouamrane. Abane se retrouve cantonné dans la rédaction d’El Moudjahid. Son opposition aux puissants chefs militaires finit par précipiter sa chute. La décision de l’éliminer est exécutée le 27 décembre 1957 à Tétouan. Seul Boussouf reconnaîtra sa responsabilité dans sa liquidation. Quant à Bentobbal, il déclare qu’après avoir lancé un avertissement, les cinq colonels étaient d’accord pour l’arrêter et le traduire devant un tribunal révolutionnaire. Mais, de l’aveu de Bentobbal, Krim, Mahmoud Cherif et Boussouf optaient plutôt pour sa liquidation (Mémoires). 

                                     Ali GUENOUN 

Bibl. : Khalfa Mameri, Abane Ramdane. Héros de la guerre d’Algérie, L’Harmattan, 1988 • Gilbert Meynier, Histoire intérieure du FLN (19541962), Fayard, 2002.

In. Dictionnaire de la guerre d’Algérie ( s.dir. T. Quemeneur, O. Siari Tengour et S. Thénault), Bouquins éditions, Paris, 2023,  p. 85-88.

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Historien et docteur en histoire (Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne), mes travaux portent sur l’histoire de l’Algérie contemporaine et du monde amazigh/berbère.

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